On en entend beaucoup parler, à toutes les sauces et pour tous les objectifs. Mais qu’est-ce que la Tech for good et quel est son but ? S’agit-t-il donc de bonnes intentions ou de greenwashing éthique ? Tour d’horizon de l’innovation numérique pour le bien commun.

Sommaire

  • Définition
  • Les principes selon l’organisme Tech For Good
  • L’exemple de l’ideas box
  • Des projets parfois incohérents
  • Une récupération marketing

La tech for good : principes & définition

Définition

La Tech for good, littéralement “technologie pour le bien”, est le regroupement de toutes les technologies et entreprises conceptrices, ayant pour ambition d’avoir un impact positif avec une innovation technologique.

Cela regroupe des objectifs très vastes, allant de l’inclusivité à la protection des données, en passant par l’aide aux personnes en difficulté, la santé ou la préservation de l’environnement. Le terme “tech for good” a pour objectif de mettre en lumière les innovations et technologies utiles à notre monde et répondant à un problème. La technologie étant parfois vue comme du gadget ou liée à des problèmes d’éthique (protection des données, intelligence artificielle…), ce mouvement prend donc le contre-pied.

Les principes de l’organisme Tech For Good

L’organisation Tech For Good est la référence mondiale du sujet. À travers des événements, du contenu et la mise en place de réseau, elle a pour but de mettre en avant les “technologies qui rendent notre monde meilleur”. Voici ces 10 principes pour définir une technologie “for good” :

1. “La Tech pour qui ? Pour 99% de la population ou juste les 1% ?”
Premier point important pour toute innovation à impact positif : l’inclusivité. En effet, que serait une technologie dite “pour le bien commun” si celle-ci ne concerne qu’une petite partie de la population ? L’innovation doit profiter au plus grand nombre pour qu’elle ait un réel impact. L’inclusivité se définit sur plusieurs points : l’accessibilité et un coût abordable.

2. “La technologie a-t-elle été créée pour répondre à un problème ? Ou simplement pour émerveiller ?”
Deuxièmement, comme énoncé par l’organisation, “nous n’avons pas besoin de plus de conneries dans ce monde”. Et oui, même si l’émerveillement est important, concentrons-nous sur des technologies utiles à notre monde.

3. “La technologie a-t-elle été conçue de manière responsable ?”
Troisièmement, une technologie “for good” ne peut pas l’être si, dans sa conception même, elle ne l’est pas. Concevoir une technologie de manière responsable doit passer par un respect de l’utilisateur (et de ses données) et de l’environnement.

4. “Est ce qu’elle donne du pouvoir aux gens ?”
L’exemple donné par l’organisme résume ce principe : Une technologie qui rend plus facile la collecte d’argent pour des associations n’est pas de fait “for good”. En effet, elle peut être la cause d’un déséquilibre de pouvoir, ne laissant pas les personnes en difficulté pouvoir s’en sortir sans ces associations. Une technologie qui aide directement les personnes, en limitant la nécessité d’argent pour les associations, est “for good”. Elle innove et échange avec les associations et les personnes en difficulté pour changer le status quo.

5. “Il ne doit pas être question d’échelle, mais il faut faire preuve d’audace”
Une technologie for good peut être petite mais efficace et utile, si le travail autour d’elle est approfondi.

6. “De la même façon qu’il ne doit pas être question d’échelle, il ne doit pas non plus s’agir du nouveau”
L’organisme rappelle qu’une partie des meilleures “tech for good” sont des outils déjà existants qui sont simplement utilisés dans de nouveaux contextes ou appliqués de nouvelles façons.

7. “Comment cette technologie a-t-elle été fabriquée ? Quelle est sa provenance ?
Pour qu’une technologie soit dite “pour le bien commun”, celle doit l’être dès sa conception. C’est pourquoi garder de la transparence sur la fabrication de sa technologie, les personnes qui l’ont fabriqué et leurs conditions de travail, est important. Cela permet au plus grand nombre d’être conscient des origines des technologies qu’ils utilisent.

8. “Avez-vous pensé au numérique assisté ?”
Dans la même ambition d’inclusivité, il est important de prendre en compte et d’inclure tout type de population. Donc, une technologie numérique doit donc aussi réfléchir à son utilisation et son accès.

9. “Est ce que les fondateurs et équipes sont eux aussi bons ?”
Une technologie ne peut être conçue pour apporter au bien commun si ses fondateurs ne sont pas de bonnes personnes. Les équipes, fondateurs et investisseurs ont tous un rôle à jouer dans sa conception. Si leurs actions ne sont pas transparentes ou dans l’optique du bien commun, la technologie ne peut pas non plus l’être.

10. “Les personnes qui l’ont créé sont-elles conscientes des conséquences imprévues ?”
Enfin, comme le fait bien remarquer l’organisation, lancer une nouvelle technologie au sein de notre monde peut entraîner des détournements et conséquences imprévues. Les concepteurs doivent en être conscients et se doivent d’informer et de sensibiliser le plus grand nombre à ce propos.

L’interlocuteur au niveau national est la Tech For Good France. En effet, avec les mêmes ambitions que son homologue international, l’organisation a pour but de faire évoluer la tech vers des pratiques plus durables et responsables.

Dans les initiatives, nous pouvons aussi retrouver le Tech For Good Tour, un tour de France “de sensibilisation à l’usage de la technologie au service de l’intérêt général”. Ce tour se fait via des soirées grand public mettant en avant l’écosystème Tech for Good local mais pas que. Il y a aussi des ateliers et conférences dans des établissements, un accompagnement pour des porteurs de projets ou la possibilité d’avoir une présentation du Tour en entreprise.

L'exemple de l'ideas box

Prenons maintenant un exemple de technologie utile au bien commun. Bibliothèque sans frontière, ong créée il y a plus de 13 ans, a pour objectif de “porter la connaissance à celles et ceux qui en sont le plus éloignés.” En effet, selon l’organisation, “Lorsqu’une catastrophe ou un conflit survient, l’aide se porte naturellement sur la nourriture, les soins, les abris et les vêtements. Une fois ces besoins vitaux assurés, il est essentiel de permettre aux populations touchées de se reconnecter avec le reste du monde, lutter contre l’ennui et entamer le processus de résilience pour préparer l’avenir.”

Avec l’ideas box, une médiathèque en kit, l’ong permet l’accès à la connaissance pour des personnes réfugiées, post conflit ou dans des endroits reculés.

Composée de 4 modules : connecter – apprendre – créer – jouer, la médiathèque peut être utilisée facilement par des facilitateurs dans des camps de réfugiés par exemple. La technologie se repose sur plusieurs principes. C’est un outil facile d’utilisation, mêlant low-tech et high tech, consommant peu et robuste.

Elle a été gagnante des WISE Awards 2016. WISE (World Innovation Summit for Education) est une plateforme de promotion des approches éducatives innovantes, à la renommée internationale. Cette distinction prouve alors l’impact positif de l’organisation et de sa solution à un problème humanitaire et social.

Les détournements marketing des projets “tech for good”

Des projets parfois incohérents

En effet, comme on a pu le démontrer précédemment, la tech for good part d’une bonne ambition, d’une envie d’utilité. Malheureusement, le terme “tech for good” peut vite être utilisé pour désigner une technologie sans que l’on prenne en compte tout ce qui l’a compose.

Pour une partie des entreprises, la tech for good s’arrête à la l’ambition finale : améliorer l’emploi, faciliter les échanges entre les populations, etc. Cependant, comme nous l’avons vu précédemment, une technologie est composée de beaucoup plus que cela.

Dans sa conférence à la BlendWebMix intitulée tech for good ou good for tech ?”, Romuald Priol décrit extrêmement bien ce problème. Il prend plusieurs exemples dont celui de Facebook. En effet, la plateforme se décrit comme “tech for good” car elle “rend le monde plus ouvert et connecté” et qu’elle investit dans différents projets à impact positif. Si l’on prend uniquement cette information, Facebook fait de la tech for good. Or, la plateforme n’est pas rose et connaît des problèmes de sécurité des données personnelles, de transparence de fonctionnement, d’addiction ou encore écologiques. 

Autre point soulevé par l’organisme Tech For Good, “ce n’est pas parce que vous êtes dans un «bon» secteur et que vous créez de la technologie, que vous faites de la« tech for good». Par conséquent, nous pouvons reprendre l’exemple des dons aux associations. Si la technologie est dans ce secteur pour rendre plus facile la collecte d’argent pour des associations, elle n’est pas de fait “for good”.

Une récupération marketing

Après cela, pourquoi cette incohérence a-t-elle des conséquences ? Avec tous ces éléments ajoutés, on comprend qu’il y a une réelle incohérence dans certains projets estampillés “tech for good”. Là où cela coince d’autant plus, c’est qu’il existe des financements pour les projets tech for good. Acte ayant une réelle ambition positive, il peut malheureusement servir à des entreprises qui ne changent pas notre monde voir pire, qui le détériore. Il est cependant à rappeler que ce n’est pas le cas de toutes les technologies.

Les projets “tech for good” peuvent alors vite fleurir aussi car ils donnent à l’entreprise une image altruiste. Même si cela peut être bénéfique pour certains projets, pour d’autres cela peut cependant être détourné.

Conclusion

En conclusion, toute technologie créée a un but et un impact. Réfléchir à l’impact généré par cette solution revient à comprendre le pouvoir qu’elle peut avoir. Dans un monde en pleine effervescence et surconsommation, construire des technologies dans un objectif de bien commun est par dessus-tout remarquable. L’opportunisme de certaines entreprises à l’égard de ce mouvement n’en enlèvera pas son importance. Les innovations à impact positif forgent un monde plus responsable.

A propos de l'auteur

Alizée Colin

Fondatrice & auteure

Etudiante dans le secteur du numérique, j’aspire à recentrer le web et ses outils dans un objectif de bien commun, tant bien environnemental que social. Nous sommes dans une ère où nous nous devons de réinventer notre manière de concevoir et de communiquer. Le numérique responsable en fait partie. Alors, changeons les choses !

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