Ennemi éternel du numérique responsable, l’obsolescence programmée fige toute forme de durabilité, tant bien des services numériques que de nos appareils. Face aux géants du digital, associations, lanceurs d’alertes et membres de l’exécutif tentent d’endiguer ce phénomène bien enraciné. La lutte contre l’obsolescence programmée commence par comprendre sa forme et ses conséquences. Cet article a pour but de faire un tour d’horizon du problème.

Qu’est-ce que l’obsolescence programmée

Par définition, l’obsolescence désigne le fait qu’un bien, service ou autre ne soit plus consommable. Il est déprécié, voire inutilisable : nous arrivons à sa fin de vie. À cette obsolescence s’ajoute l’acte de la programmer. Dès la conception d’un bien ou service, on lui donne une durée de vie limitée, programmée. Il arrive alors que des téléphones prévus pour durer une dizaine d’années ne soient utilisables que 2 à 3 ans, après que des mises à jour ne les rendent obsolètes. Dans le numérique, nous pouvons retrouver deux formes d’obsolescence programmée :

L’obsolescence logicielle

L’obsolescence de nos appareils peut passer par la mise à jour de logiciels, applications ou services numériques. Une application mobile peut, après une mise à jour, ne plus être compatible avec certains modèles de téléphones anciens. Sur nos smartphones, toujours, ce sont les mises à jour des systèmes d’exploitation qui sont largement pointés du doigt pour ralentir voire rendre entièrement obsolètes les anciens modèles. Ainsi, nous utilisateurs, rachetons plus fréquemment chez les fabricants.

Et parmi les géants de l’obsolescence programmée, Apple est le roi. Après deux ans d’enquête, la firme a été condamnée en février 2020 à 25 millions d’euros d’amende pour avoir programmé l’obsolescence de leurs iPhone. En 2017, Apple avait incité ses utilisateurs à télécharger la mise à jour de son système d’exploitation alors que celle-ci ralentissait les iPhone 6 à 7. Cette même année, le géant sortait l’iPhone 8 et X, une aubaine pour un renouvellement prématuré.

L’alourdissement des services numériques

Mais l’obsolescence logicielle peut aussi prendre la forme de services numériques qui alourdissent nos téléphones. Frédérick Marchand l’explique dans 40 mots pour un numérique responsable : « La croissance ininterrompue de la gourmandise des applications est le principal déclencheur de l’obsolescence des équipements. » Le phénomène d’obésiciel (des logiciels et services numériques toujours plus lourds et énergivores) nourrit l’obsolescence de nos appareils, malgré le fait que cette externalité ne soit pas volontaire et programmée à la base.

L’obsolescence programmée technique

Avant même de rendre obsolètes nos appareils au travers de logiciels, certains géants de la high-tech agissent dès l’étape de l’usine. En effet, les fabricants n’attendent pas la livraison de nos appareils pour programmer leur fin de vie. Pour rendre difficile et augmenter le coût de la réparation des appareils, il est courant de souder les pièces entre elles. Les appareils d’Apple et Samsung sont notamment visés. Du côté de l’électroménager, la pratique plus courante consiste à assembler des pièces avec une certaine durée de vie. Ainsi, elles sont conçues pour se casser après un certain temps. Le coût de la réparation et de la main d’œuvre étant souvent aussi élevée qu’un nouvel appareil, le renouvellement arrive vite.

Les conséquences néfastes de l’obsolescence programmée

Des conséquences environnementales lourdes

L’obsolescence programmée modifie notre rapport à nos appareils. Ses conséquences se retrouvent distinctement dans la durée de vie de nos smartphones, ordinateurs et objets connectés. Dès lors qu’un bug survient, qu’une pièce soudée freine sa réparation ou qu’un nouveau modèle vole la vedette aux anciens, le renouvellement est l’option majoritairement choisie.

D’après l’Ademe, même si nos smartphones peuvent vivre presque une dizaine d’années, nous les renouvelons tous les deux ans. Aujourd’hui, 65% des Français remplacent leurs téléphones alors que le précédent fonctionne encore (source Ademe).

Les équipements des utilisateurs totalisent 64 à 91 % des impacts du numérique en France, d’après l’étude iNum 2020 de GreenIT.fr. Nos appareils sont alors le premier point sur lequel jouer pour diminuer la pollution numérique. Épuisement des ressources abiotiques, surconsommation d’eau et d’énergie, génération de gaz à effet de serre… Tout au long du cycle de vie, nos appareils ont un impact, je l’ai évoqué en détails dans un article précédent. L’écourtement de la vie de ces appareils vient appuyer leurs conséquences environnementales et sociales néfastes.

Le rôle de l’obsolescence programmée dans la fracture numérique

L’obsolescence programmée, notamment lorsqu’elle touche à l’aspect logiciel et esthétique, peut aussi nourrir la fracture numérique. Elle peut être facteur d’exclusion. Ce fut notamment le cas avec 1 milliard d’appareils Samsung rendus obsolètes après qu’Android ait stoppé toutes les mises à jour de sécurité sur d’anciens terminaux (source) . Ainsi, ce sont des millions de personnes qui se sont vues dépourvues de téléphones sécurisés et utilisables. Lorsque nous connaissons les prix ahurissants des nouveaux modèles, le renouvellement n’est pas toujours une option pour chacun. Alors, le coût d’un nouvel appareil est peut s’avérer un facteur d’exclusion à grande échelle.

L’aspect esthétique et l’effet de mode liés aux nouvelles générations de smartphones sont aussi des facteurs nourrissant la fracture numérique. La recense de nos appareils peut, pour certains, contribuer à définir notre statut social vis-à-vis d’autrui. Dans nos sociétés actuelles, le modèle de notre smartphone peut être facteur d’inclusion ou d’exclusion d’un groupe. Ce phénomène, s’accumulant au précédent, alimente l’exclusion possible de milliers d’individus.

La lutte contre l’obsolescence programmée

Le chemin reste long, mais n’oublions pas de prendre en compte les petites victoires. En France, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire a introduit début 2021 l’indice de réparabilité pour plusieurs types d’appareils électroniques et électriques. Grâce à lui, il est facile pour le consommateur de trouver un appareil durable et mieux réparable. Un premier pas pour réduire le pouvoir de l’obsolescence programmée.

Pour voir des avancées comme celle-ci, des organismes militent fermement. C’est le cas de l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) qui sensibilise le grand public, accompagne les décideurs et pousse les fabricants à agir. Grâce à elle, de nombreuses plaintes ont été menées contre certains géants comme Apple ou Samsung, avec des sanctions à la clé. Vous pouvez trouver toutes leurs actions sur leur site internet.

À son échelle, certains gestes peuvent permettre de lutter contre l’obsolescence programmée. Comme évoqué, le choix d’un appareil plus réparable qu’un autre est un premier pas dont l’impact reste non-négligeable. Côté logiciel, éviter les mises à jour automatiques sur les applications mobiles mais aussi (et surtout) sur les systèmes d’exploitation est un geste à prioriser. Préférez garder du temps pour connaître les retours sur une mise à jour avant de l’installer.

Conclusion

En conclusion, les choses sont peut-être en train de changer : la durée de vie de nos smartphones tend à s’allonger, d’après le cabinet Gartner. Celui-ci prévoit une augmentation de la durée de vie de nos smartphone de 2,6 ans à 2,9 ans d’ici 2023 (source). L’expansion de l’économie circulaire, combinée à une prise de conscience généralisée et à des actions des pouvoirs publics, peuvent modifier le sort de nos appareils et ainsi du numérique.

A propos de l'auteur

Alizée Colin

Fondatrice & rédactrice

UX/UI designeuse, j’aspire à recentrer le web et ses outils dans un objectif de bien commun, tant bien environnemental que social. Nous sommes dans une ère où nous nous devons de réinventer notre manière de concevoir et de communiquer. Le numérique responsable en fait partie. Changeons les choses.

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