De part son fonctionnement décentralisé et ses données transparentes, la blockchain éveille la curiosité du monde digital et de ses acteurs. En rupture avec les schémas classiques de distribution de paquets, cette chaîne de blocs ouvre la voie vers de nombreuses possibilités d’application dans des secteurs variés. Dans ce sens, en quoi cette technologie peut-elle s’avérer éthique ?

Qu’est-ce que la blockchain ?

Dans son TEDx, Claire Balva donne une définition globale de la blockchain : “c’est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui est sécurisée, transparente et qui fonctionne sans organe central de contrôle”. Rentrons un peu plus dans les détails pour mieux comprendre : 

Les informations stockées dans la blockchain sont regroupées dans des blocs (d’où son nom). Elles peuvent être des transactions, comme pour le cas du Bitcoin, des actions ou d’autres types. Tous ces blocs ne sont pas stockés sur une entité centrale mais bien par une multitude de serveurs qui sont appelés les noeuds du réseau. La blockchain est donc comme un grand registre, dont les informations et échanges sont consultables par tous. Du fait du stockage multiple sur plusieurs ordinateurs, les informations et échanges sont impossibles à effacer et le réseau est indestructible.

schema blockchain : 3 blocs reliés entre eux et contenus pas tous les ordinateurs

Les différentes catégories de blockchain

Autres informations qui donnent son potentiel éthique à la blockchain : ses différents types. En effet, il n’existe pas une blockchain unique mais bien 3 catégories d’utilisation de la blockchain. Blockchain France, hub et acteur du sujet en France, les explique clairement ainsi :
  • Une première pour “le transfert d’actifs (utilisation monétaire, mais pas uniquement : titres, votes, actions, obligations…)”. C’est le cas du Bitcoin par exemple, crypto-monnaie historique.
  • “Les applications de la blockchain en tant que registre : elle assure ainsi une meilleure traçabilité des produits et des actifs.” Comme dit précédemment, ce registre est constitué d’informations transparentes consultables par tous ceux du réseau.
  • Les smart contracts : il s’agit de programmes autonomes qui exécutent automatiquement les conditions et termes d’un contrat, sans nécessiter d’intervention humaine une fois démarrés.
Toutes ces utilisations différentes permettent le stockage et la transmission d’informations de manière plus juste et transparente. Essayons maintenant de comprendre quels sont les bénéfices éthiques de ces types de chaînes de blocs.

Blockchain éthique : quels bénéfices ?

Suppression des tiers de confiance

Revenons à la naissance de la blockchain : Bitcoin. Et oui, Claire Balva explique que le bitcoin, monnaie qui n’appartient à aucun tiers de confiance (gouvernement, banque…), est très utilisé dans les pays en voie de développement. En effet, la suppression d’intermédiaires de contrôle de la monnaie permet aux utilisateurs de se l’échanger directement. En d’autres termes, pas besoin de compte bancaire. Les crypto-monnaies permettent ainsi à plusieurs milliards de personnes d’avoir accès à de l’argent et des services liés. Les contraintes parfois lourdes pour ouvrir un compte en temps normal sont enlevées. Plus inclusives, moins sélectives, plus équitables : les monnaies numériques peuvent être au service de la population.

Informations transparentes et objectivité

L’un des potentiels pour une blockchain éthique, reste la transparence totale des actions du réseau. Il est donc impossible de mentir sur celles-ci. La technologie peut être utile dans de nombreuses situations et notamment en lutte contre la fraude. Fin 2018, le fisc Thailandais mettait à l’essai l’utilisation de la blockchain contre la fraude à la TVA. En effet, d’après cet article : “Mr Ekniti a expliqué que lorsqu’une entreprise achetait des produits auprès d’une autre société, celle-ci émettait des factures avec de la TVA et que les deux firmes pourront utiliser la blockchain pour confirmer les transactions.” Ce début de la blockchain dans la lutte contre la fraude fiscale est prometteur. Il pourrait permettre à la technologie de mettre en avant ses bénéfices éthiques pour la population.

Un aspect fort et central de la technologie est la suppression d’une partie des décisions humaines. Pas d’erreurs humaines, pas de fraude ou de corruption possibles venues du tiers de confiance. Blockchain France donne l’exemple d’un smart contract utilisé entre un agriculteur et un assureur. Imaginons que le registre est lié à la base de donnée Météo France. Il peut déclencher automatiquement une indemnisation à l’agriculteur après un mois sans pluie, par exemple. Les smart contracts permettent donc une impartialité et une objectivité très utile dans de nombreuses situations.

Blockchain éthique : traçabilité des informations et actions

Penchons-nous sur un autre aspect intéressant et prometteur de la blockchain : la traçabilité des actions faites. En voici deux exemples :

Premièrement, aux Etats-Unis, le géant Walmart s’est allié à IBM pour utiliser la blockchain dans le traçage de ses aliments. C’est après le déclenchement d’une épidémie à la bactérie E.coli que Walmart a décidé d’utiliser la technologie. Elle permettra alors de tracer et détecter les aliments contaminés afin d’éviter de nouvelles épidémies. Grâce à la blockchain, les consommateurs pourront avoir accès aux informations des produits. C’est à dire comment ils ont été produits, où, dans quelles conditions, etc.

Le deuxième exemple est celui de Volterres, un “fournisseur d’électricité renouvelables 100% transparent.” En temps normal, un particulier qui souscrit à une offre d’électricité verte n’a pas une réelle garantie. Il ne connait pas vraiment l’origine de l’énergie verte produite. En effet, d’après le fournisseur : “Les offres vertes actuelles ne considèrent pas les équilibres production-consommation en temps réel. Elles assurent seulement que le fournisseur a injecté ou injectera dans la même année sur le réseau européen une quantité d’électricité d’origine renouvelable équivalente à la consommation de ses clients. Un client peut donc consommer de l’électricité non-renouvelable en ayant souscrit à ces offres vertes.”

La blockchain prend donc place dans la traçabilité en temps réel de l’énergie fournie. Blockchain Partner, qui a accompagné Volterres dans l’installation de cette blockchain, explique sa conception :“Tous les jours, Volterres constitue un fichier contenant l’ensemble des affectations d’énergie de ses clients producteurs vers ses clients consommateurs. Ce fichier contient les productions de tous les producteurs du réseau et les consommations de tous les consommateurs du réseau.” Ainsi, le consommateur est en temps réel conscient de la méthode de production d’énergie qui est utilisée. Éolienne, panneaux photovoltaïques, l’énergie est tracée et accessible en toute transparence.

La blockchain peut s’avérer éthique dans son utilisation et selon les situations. Cependant, pour certaines blockchains (transfert d’actifs, comme les crypto-monnaies) une chose reste un point noir : l’énergie nécessaire à son fonctionnement. En effet, pour que tous les nœuds du réseau valident les transactions faites au sein de la blockchain, il faut une étape énergivore : le minage.

Dans le cadre d’une demande de transaction, les ordinateurs du réseau doivent la valider en résolvant un algorithme (“proof of work”). Ils pourront ensuite stocker cette information et la mettre à la suite des blocs. Selon cet article, une transaction consommerait l’équivalent d’une piscine chauffée tous les jours pendant un mois. Multiplié à l’échelle du réseau, “si les mineurs de bitcoin étaient regroupés en un pays, sa consommation énergétique de 50TWh la placerait à la 48ème place, juste au-dessus de l’Algérie et en dessous de la Grèce.” C’est un réel problème environnemental. 

Selon Jean-Paul Delahaye, professeur spécialiste des crypto-monnaies, c’est le système de validation par “proof of work” qui est très énergivore. Dans le cadre des crypto-monnaies, secteur clé utilisant la blockchain, certaines vont utiliser la validation par preuve de travail . D’autres “fonctionnent avec d’autres modèles qui, à côté, ont une consommation électrique qui est dérisoire. L’attitude à adopter c’est donc de forcer les crypto-monnaies à adopter des systèmes de consensus qui ne soient pas des preuves de travail.”

Pour contrer ce soucis écologique, plusieurs projets se sont montés, notamment celui de Envion. Il vise à alimenter les containers mobiles, transportant du matériel de minage, par de l’énergie solaire. Des dizaines d’autres projets ont pour but de trouver une alternative durable au minage traditionnel.

Pour conclure, de par ses caractéristiques de fonctionnement, la blockhain est plus éthique que les technologies de stockage et de transmission classiques. Selon son utilisation, elle peut servir au bien commun et ainsi s’apparenter à de la tech for good. Technologie prometteuse, la blockchain doit être un point de bascule vers une économie et une vie plus justes.

A propos de l'auteur

Alizée Colin

Fondatrice & auteure

Etudiante dans le secteur du numérique, j’aspire à recentrer le web et ses outils dans un objectif de bien commun, tant bien environnemental que social. Nous sommes dans une ère où nous nous devons de réinventer notre manière de concevoir et de communiquer. Le numérique responsable en fait partie. Alors, changeons les choses !

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