De qui et quoi parle-t-on lorsque l’on parle de design inclusif ?

Le design inclusif (ou inclusive design) est une forme de design éthique. Celui-ci a pour but d’englober toutes les personnes ainsi que les caractéristiques qui les composent, dans la réflexion du design. L’ethnie, l’origine, les langues et cultures, le genre, l’identité, l’environnement, l’âge, le rapport au numérique ou encore le handicap sont autant de traits qui forment en partie une personne. 

En tant que designer, il paraît sensé, pour ne pas dire naturel, d’offrir une expérience utilisateur égalitaire. Ainsi, lorsque l’on parle de design inclusif, on parle de réflexion autour de la conception d’un produit accessible à tous. Offrant la meilleure expérience utilisateur à un maximum de personnes. L’humain dans sa globalité est au centre du design. 

On réfléchit à l’unité et à la diversité de nos utilisateurs, qui ne sont pas des cibles marketing mais bel et bien des humains, avec leurs caractéristiques et la vie qui les forment.

L’inclusive design selon Microsoft

Le géant du numérique s’engage depuis plusieurs années pour un design inclusif. L’entreprise met à disposition de nombreux outils et guides pour s’introduire au design inclusif. L’aboutissement de leurs connaissances sur le sujet se fait dans un manuel d’introduction et d’explication dédié (que vous pouvez trouvez ici). 

Dans celui-ci, les designers de Microsoft définissent leur vision de l’inclusive design :

“Concevoir de manière inclusive ne signifie pas que vous créez une chose pour tout le monde. Vous concevez une diversité de façons pour chacun de participer à une expérience avec un sentiment d’appartenance.”

En effet, concevoir un design revient à parler aux 7,4 milliards d’humains sur Terre. Pour Microsoft, designer de manière inclusive revient à créer des produits qui sont physiquement, cognitivement et émotionnellement appropriés à chacun.

L’inclusive design à l’échelle du projet

La responsabilité du designer

En tant que designers, nous construisons les interactions que les humains ont avec nos produits. Avec des milliards de personnes sur Terre et tout autant de diversité, il en advient du designer de concevoir les interfaces pour qu’elles soient appropriées au maximum de personnes. 

Cependant, comme l’expliquent les designers de Microsoft, nous construisons ces interfaces selon notre point de vue, nos habiletés et nos connaissances du monde. Nous avons donc pour habitude de concevoir des interfaces qui sont faciles à utiliser pour une partie de la population mais beaucoup plus difficiles pour une autre.

En tant qu’étudiante, il m’arrive de montrer mes projets à mes proches. Leur vision et leurs réactions face au design des interfaces m’a souvent fait réfléchir. En effet, leurs connaissances du numérique et la mienne ne sont pas les mêmes. Ainsi, un certain design peut être intuitif pour moi mais pas pour eux. Comme il peut être utilisable pour certains et non-accessible pour d’autres. “Chaque décision que nous prenons peut soit augmenter ou réduire les obstacles à la participation à la société. Être inclusif commence par changer nos perceptions.”

Les 3 étapes clés d’une conception inclusive

Plusieurs pistes de réflexions et outils sont exposés dans le manuel d’introduction à l’inclusive design. Voici premièrement les 3 points clés pour concevoir un produit ou service de manière inclusive et éthique :

  • Étape 1 : Reconnaître l’exclusion. Étape primordiale, elle permet d’émettre un point de départ sur les personnes exclues et pourquoi. Comme expliqué dans la partie précédente, l’exclusion arrive lorsque l’on design un produit avec notre propre perception des choses. Cette exclusion face aux interfaces numériques peut être formulée comme faisant partie de la fracture numérique.
  • Étape 2. Apprendre de la diversité. Après avoir reconnus et compris les motifs d’exclusion, vient l’étape du changement. Le seul moyen pour inclure une diversité de personnes dans son design est de les rencontrer, d’échanger sur leurs difficultés et de comprendre réellement leurs contraintes. Ici, l’empathie est la clé. Mettons-nous dans les chaussures des autres pour faciliter leur expérience.

  • Étape 3. “Solve for one, extend to many”. Ici cette étape a pour objectif de recouper les contraintes de chaque individu en proposant un design approprié et adaptable à chacun. En se concentrant sur ce qui est universellement important, nous pouvons résoudre des problèmes pour une personne tout en étendant le bénéfice à d’autres.

Passons à la suite pour mieux comprendre cette réflexion.

Le persona spectrum

L’utilisation de persona dans le design d’expérience est depuis peu pointée du doigt. Vu comme incomplets, ceux-ci sont délaissés pour une nouvelle appréhension et analyse de l’humain. Dans un article, Margaret Price décrit les personas comme “une moyenne d’attributs que nous imaginons pour notre client moyen. Cependant il n’existe pas de client moyen.”

Dans l’optique de concevoir de manière plus inclusive, Microsoft a conceptualisé ce qu’ils appellent le Persona Spectrum. Cet outil reprend les notions abordées précédemment pour aider dans la réflexion du design. En plus des caractéristiques démographiques des personas classiques, on y ajoute une contrainte liée. Cette contrainte liée aux différents sens sera abordée sous un scénario permanent, un autre temporaire et un autre momentané (situational).

Représentation du concept de persona spectrum dans le design inclusif

Ainsi, pour ce qui en est de la vue, nous pouvons retrouver une personne aveugle (scénario permanent), une personne ayant un problème de cataracte (temporaire) et un automobiliste distrait (momentané). En réfléchissant à un design accessible aux personnes non-voyantes, nous pouvons faciliter l’expérience des utilisateurs momentanément et temporairement non-voyants. La solution trouvée pour un type de personne peut donc s’étendre à une audience plus large. 

Si nous prenons un exemple concret, choisissons une personne sourde, une autre avec une infection des oreilles et enfin un barman. Le point commun entre ces trois personnes est l’impossibilité d’entendre. Les bénéfices des sous-titres peuvent s’appliquer à toutes ces personnes sans pour autant que leur situation soit la même. Le pouvoir des Personas Spectrum est d’épouser la diversité et le handicap tout en multipliant l’impact positif des solutions trouvées au maximum de personnes.

Conclusion

À la fin, concevoir un bon design passe par l’ouverture aux autres, la compréhension de leur vie et par la prise en compte de leurs contraintes. En sortant de nos pensées propres, nous embrassons un design plus accessible, utile et bénéfique.

A propos de l'auteur

Alizée Colin

Fondatrice & rédactrice

UX/UI designeuse en devenir, j’aspire à recentrer le web et ses outils dans un objectif de bien commun, tant bien environnemental que social. Nous sommes dans une ère où nous nous devons de réinventer notre manière de concevoir et de communiquer. Le numérique responsable en fait partie. Changeons les choses.

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