Depuis plusieurs années, les réalités virtuelles et augmentées sont apparues sur le marché high tech. De nombreux investissements sont faits et ces technologies sont développées dans différents domaines dans le monde entier. Réelle révolution technologique pour les uns ou potentiel danger pour les autres, essayons de peser le pour et le contre de ces technologies immersives.

Une technologie remise en question

Réalité augmentée et virtuelle : les définitions

Avant d’avancer plus loin dans cet article, il est important de poser les définitions de ces technologies immersives :
  • La réalité augmentée (AR) prend place dans notre environnement réel. À travers un appareil, (smartphone, tablette ou autre) une application va utiliser l’AR. Elle va nous montrer notre réalité tout en y ajoutant des éléments. C’est une augmentation de notre réalité. L’appareil va donc nous servir de lentille pour voir une nouvelle forme de notre environnement.
  • La réalité virtuelle (VR) va, à l’aide de casques spécifiques, nous plonger dans un univers 3D. Des capteurs de mouvements pourront retranscrire nos mouvements dans le nouvel univers. Il sera alors possible de progresser dans celui-ci.

Un flou sur les données personnelles

La protection des données et de notre vie privée est au coeur de toute technologie numérique. Les technologies de réalité augmentée et virtuelles regorgent inévitablement de données que nous produisons quand nous les utilisons. Elles peuvent donc être récoltées et utilisées à notre insu, que ce soit par une petite phrase dans les conditions générales ou par piratage. 

En 2019, le magazine Forbes évoquait notamment la recrudescence des filtres sur les réseaux sociaux. Ces filtres, utilisant la réalité augmentée, “peuvent collecter des données biométriques personnelles (expressions faciales, données vocales, et même empreintes de la rétine) qui peuvent être utilisées pour nous identifier à la simple vue notre visage.” Malgré l’existence de législations sur nos données personnelles, “il n’y a aucun moyen de savoir précisément qui a accès à ces informations et ce qu’ils en font.”

Selon la CNIL (la Commission nationale de l’informatique et des libertés), les principaux dangers d’ordre de vie privée sont la géolocalisation et l’identification de l’utilisateur. Selon l’avocate Murielle Cahen, la géolocalisation peut s’avérer utile avec la réalité augmentée (selon notre position, on affiche des commerces à proximité). Cependant celle-ci peut servir ultérieurement à de la publicité ciblée

En réalité virtuelle, ce sont les casques équipés de micros et de caméras qui peuvent potentiellement capter ce que nous entendons et voyons. Ces données personnelles, liées à notre comportement, peuvent être elles aussi utilisées à des fins que nous ne percevons pas au départ.

Le tout est donc d’entourer juridiquement ces nouvelles technologies pour en éviter la dérive concernant la vie privée des utilisateurs.

Des craintes sur la santé mentale ?

Comme pour le premier point, en tant que technologie numérique immersive, il fallait s’y attendre. Les jeux vidéo, Internet, les réseaux sociaux… Ils sont tous déjà connus pour être un refuge loin de la réalité. Entre bénéfice et addiction, ici la ligne est fine. Dans le cas de la réalité virtuelle, où vous pouvez “être” qui vous voulez et progresser dans un univers totalement fictif, les risques liés à la santé mentale sont évidemment gros. 

Cependant, pour le moment, aucune étude sérieuse n’a creusé ces potentiels problèmes liés.

Réalité virtuelle et augmentée : des technologies polluantes

En tant que high tech, ces technologies vont demander beaucoup de ressources à  la construction, l’utilisation, et la fin de vie. 

Premièrement, la majorité de la pollution numérique est est due à nos appareils électroniques. Plastiques, métaux lourds… Un mélange toxique et polluant pour faire le lien entre des lignes de codes et les visuels sur nos écrans. Nous sommes déjà conscients de l’impact qu’ont nos ordinateurs, smartphone et autres objets connectés, mais quels sont les impacts d’un casque de réalité virtuelle ? En 2018, seuls 160 millions de personnes consommaient activement des produits de réalité virtuelle. Loin des 28 milliards d’appareils électroniques en 2015, il est assez “tôt” pour réfléchir à concevoir des casques VR avec des matériaux plus responsables. 

Deuxièmement, la partie de programmation des jeux ou expériences pèse dans l’énergie nécessaire à la VR ou AR. Guillaume Moreau, professeur à l’école Centrale de Nantes, expliquait en 2015 qu’il “faut des machines extrêmement puissantes pour faire tourner ces programmes.” En effet, faire tourner ces programmes n’est pas anodin. Les machines nécessaires doivent fonctionner en continu et ont donc besoin de beaucoup d’électricité. Si cette électricité ne vient pas d’énergies renouvelables, l’impact environnemental est alors conséquent. Le premier pas à faire est donc de faire marcher ces machines à l’électricité dite “verte”. L’objectif ici serait aussi de concevoir des programmes plus respectueux de l’environnement et moins énergivores.

Au delà de la pollution de ces technologies, celles-ci se développent dans de nombreux domaines. Malheureusement ils paraissent, pour l’instant, moins urgents que la question écologique. Malgré les bonnes utilisations de la VR et AR que nous verrons plus loin, dans la réalité, les domaines d’investissement se rapprochent plus du divertissement. En haut du classement, nous retrouvions en 2016 le gaming, les événements live et le divertissement (dont le cinéma). Les investissements se font majoritairement directement dans les casques à réalité virtuelle, qui peuvent regrouper des utilisations diverses. Les réalités augmentées et virtuelles utilisées à des fins de recherche ou d’éducation restent donc minoritaire.

Malgré les points noirs auxquels ces technologies font face, celles-ci peuvent bel et bien servir au bien-être commun :

Des impacts plus palpables

En effet, un des avantages qu’a la réalité virtuelle sur un simple écran est la la conscience des sensations et émotions. Lorsque l’on est plongé dans un univers, visuellement et même parfois avec le son, nous sommes plus à même de ressentir des émotions : empathie, joie, tristesse… Vincent Dondaine, directeur de Bulkypix, le résume bien :  “La télé, ce n’est qu’une simple boîte avec des images, des sons, alors qu’avec la réalité virtuelle, on fait jouer les sensations : toucher, son, équilibre…”

Des impacts plus palpables

De part l’immersion de nos sens dans un univers nouveau, une prise de conscience peut se déclencher très rapidement face à des situations urgentes. C’est le fer de lance de nombreux éditeurs de jeux ou d’expériences en réalité virtuelle qui veulent éveiller les consciences sur l’urgence climatique. Comme il est expliqué dans cet article : “La plupart des problèmes liés à l’environnement sont complexes et difficiles à expliquer concrètement. […] parce qu’ils se passent au ralenti ou bien simplement parce qu’ils sont visibles dans des endroits isolés que peu de gens ont l’occasion d’aller voir.” La réalité virtuelle peut donc être une réponse à la complexe sensibilisation face à l’urgence climatique. L’utilisateur se sent alors directement concerné, car cette courte expérience lui fait vivre de manière presque réelle les problèmes qui ne sont pas toujours palpables.

Pour ce qui en est de la réalité augmentée, celle-ci peut aussi être utile face à l’urgence climatique. C’est le cas avec le New York Times qui a publié un article utilisant la réalité augmentée. Grâce à celle-ci, il est possible de voir, via l’écran de notre smartphone, la pollution d’ordinaire invisible présente dans l’air. Il est aussi possible de voir la pollution présente dans d’autres villes qui sont des cas plus extrêmes comme New Delhi par exemple. On peut y voir une simulation ci-dessous. 

Des bénéfices pour la santé mentale ?

Nous en parlions précédemment et il s’avérait que la réalité virtuelle peut servir dans la santé mentale, notamment dans le cadre d’une thérapie contre des troubles anxieux et les stress post-traumatiques. La reconstruction d’une peur via la réalité virtuelle permet de la traiter. La méthode combinée à des méthodes classiques permet une amélioration du traitement. Des chercheurs anglais sont aussi en train de tester l’utilisation de cette technologie dans la traitement de la schizophrénie. Ils veulent créer une relation et un contact concret entre la voix qu’entendent les personnes schizophrènes et eux-mêmes. 

Les technologies regroupées dans la réalité amplifiée (virtuelle et augmentée) peuvent être utiles et servir au bien-être commun. Utiles dans des domaines tels que l’éducation, l’environnement ou la santé, elles doivent être creusées dans ces domaines. Celles-ci ne peuvent cependant pas être estampillées “tech for good” du fait de leur conception en elle-même. En effet, même si certaines ont pour but de répondre à un besoin ou régler un problème, celles-ci ne sont pas conçues de manière responsable. Elles restent des technologies énergivores et floues quant à l’utilisation des données personnelles.

A propos de l'auteur

Alizée Colin

Fondatrice & auteure

Etudiante dans le secteur du numérique, j’aspire à recentrer le web et ses outils dans un objectif de bien commun, tant bien environnemental que social. Nous sommes dans une ère où nous nous devons de réinventer notre manière de concevoir et de communiquer. Le numérique responsable en fait partie. Alors, changeons les choses !

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